A classic prom scene: Molly Ringwald and Jon Cryer in the 80s movie "Pretty in Pink", All Over Press.

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LE RETOUR DE LA ROBE DE BAL DE PROMO

Si certains vêtements gagnent à être oubliés, d’autres conservent toute la magie des premiers jours. Mattie Kahn nous raconte l’histoire de la robe qu’elle portait à l’occasion de son bal de fin d’études secondaires.

Lors du premier mariage auquel j’ai assisté, je portais une robe en dentelle rose pâle. J’avais cinq ans. Ma mère et moi l’avions spécialement achetée pour l’occasion, ainsi qu’une paire de chaussures recouvertes de satin. L’ensemble était adorable, et me donnait l’allure d’une petite fille mignonne et sage, loin de la gamine qui semblait prête à déclencher une Troisième Guerre mondiale quelques jours plus tôt. Il nous avait fallu des semaines pour nous mettre d’accord sur cette tenue. Ma mère, qui avait l’esprit pratique, me suppliait de choisir une version “toutes saisons” de son look le plus classique. Les unes après les autres, elle me tendait des robes trapèze pour me prouver les mérites de “quelque chose de simple”. Je voyais les choses différemment. Si j’avais eu le choix, j’aurais voulu apparaître à la cérémonie avec une robe de bal en taffetas. Le terme “simple” n’évoquait pour moi aucune esthétique digne d’intérêt. 

Nous avons fini par nous entendre sur un modèle rose trouvé dans un grand magasin du coin. Ma grand-mère le trouva “élégant”, mon père le qualifia de “royal”, et je dus admettre que je le trouvais “très joli”. Ce n’était peut-être pas une robe de bal, mais elle ferait l’affaire. 

Après le mariage, je me pavanais et je posais pour des photos en essayant d’incarner la princesse Disney de mes rêves. À notre retour à la maison, quelques heures plus tard, j’ai ôté la robe, je l’ai rangée avec soin sur un minuscule cintre gainé de soie et j’ai refermé la porte de mon dressing. Je me suis juré que plus jamais je ne porterais cette robe.

Ma mère m’a suppliée : “ Essaie-la, au moins !”. Mais j’ai refusé. Cette robe était associée à un moment unique, une matinée parfaite et un après-midi de rêve. En la portant, je craignais de diminuer l’importance de ce que j’avais vécu. J’aimais la regarder, y penser et à l’occasion, caresser le tissu soyeux de mes doigts potelés. J’étais heureuse de l’avoir portée. Mais une fois suffisait. 

Mes parents n’étaient pas contents. Pourtant, malgré leurs admonestations, je n’ai jamais réussi à surmonter cette aversion instinctive pour les tenues réservées aux grandes occasions. Je n’y pouvais rien. C’était un peu de la superstition. Je n’avais pas voulu garder la robe portée pour les obsèques de ma grand-mère, et j’avais donné à une amie la petite robe noire qui me rappelait mon premier rendez-vous désastreux avec un petit ami tout aussi désastreux. L’idée que des femmes aient envie de porter encore et encore leur robe de mariée me choquait. Étaient-elles donc insensibles à toute forme de sentimentalité ? À toute forme de romantisme ? Pensaient-elles à l’image qu’elles légueraient à la postérité ?

Je collectionnais les pulls tout simples et les jeans bleus anonymes. Je chérissais les bottines Frye fatiguées que je portais des semaines d’affilée. Pourtant, certaines tenues restaient sacrées à mes yeux. Elles étaient spéciales. Rangées à part de ma garde-robe habituelle, ces quelques pièces – la fameuse robe rose, une jupe à imprimés pastels, une robe bleu marine scintillante achetée pour mon seizième anniversaire – composaient une sorte d’autel fait de fils et d’étoffe. Je les adorais, mais j’avais tout de même mes préférées, et j’idolâtrais en particulier ma robe de bal de promo.

À dominante anthracite, elle avait un côté impressionnant et sa silhouette était flatteuse à un point inimaginable. Avec elle, mes jambes semblaient interminables, et mon teint ressortait avec éclat sur son buste texturé. Mon cavalier en resta littéralement sans voix. Mais à peine l’avais-je ôtée à mon retour que je décidai de ne plus jamais la porter. Je la garderais précieusement et à travers elle, je continuerais à chérir à jamais le souvenir des réjouissances adolescentes dont elle avait été le témoin.

Mais cinq ans plus tard, j’étais invitée à une fête plutôt chic, et j’avais cassé la fermeture Éclair de la robe incroyablement glamour que je pensais porter ce soir-là. Et bien sûr, ma mère me suggéra de la porter pour l’occasion : “ Essaie-la, au moins !”. 

C’est ce que j’ai fait. J’ai respiré un grand coup et me suis glissée dans cette création gris foncé et blanche. J’ai retenu mon souffle pendant que ma mère refermait le zip. Quelque chose dans ce vêtement me paraissait comme figé et fragile, mais elle avait tout de même bien vieilli, et je me suis rappelée pourquoi elle m’avait tant plu au départ. Cintrée à la taille, elle me donnait un maintien très droit. Je n’ai pas pu m’empêcher de rougir en pensant à la réaction qu’elle avait provoquée chez mon cavalier cinq ans plus tôt. Cette fois, j’évitai de me coiffer avec de grosses boucles ou de porter des chaussures à talons aiguille. À la place, je choisis des chaussures à talon en satin noir, un unique bracelet en platine et de lourdes boucles d’oreille glamour. Il est vrai que j’avais quelques années de plus…

J’avais raison. S’habiller relève de la magie. Mais pour que cela fonctionne, pas besoin d’une garde-robe qui agirait comme une sorte de voile protecteur. Il suffit d’un peu d’imagination. Et peut-être d’une bonne couturière. Maintenant, la question que je me pose concerne une certaine robe en dentelle rose pâle. Peut-être suis-je prête à la porter à nouveau, qui sait ? 

 

Mattie Kahn est écrivain et vit à New-York. Ses écrits ont été publiés sur VanityFair.com, Refinery29 et the Man Repeller pour ne citer qu’eux. Elle espère que cette année sera celle où elle réussira à créer un cocktail qui lui ressemble, à réhabiliter le point-virgule et à maîtriser l’art de l’eye-liner liquide une fois pour toutes.

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