Giorgio Armani Fall/Winter 2014, Emma Watson in a suit at the Late Show with David Letterman and Yves Saint Laurent Spring/Summer 2014, All Over Press.

Giorgio Armani Fall/Winter 2014, Emma Watson in a suit at the Late Show with David Letterman and Yves Saint Laurent Spring/Summer 2014, All Over Press.

PRINCESSE GARÇONNE

Un peu traumatisée par ses aventures enfantines au pays des garçons manqués, Mattie Kahn se sent aujourd’hui prête à adopter la tendance des tenues d’inspiration masculine.

J’ai partagé une chambre avec mon frère aîné jusqu’à l’âge de six ans. C’est important, car cela explique le fait que, pendant que mes amies se pomponnaient, je passais mon enfance à dévorer des BD, à suivre les résultats de base-ball et à supplier ma mère de me laisser porter les vêtements d’un goût discutable dont mon frère Josh ne voulait plus. Je n’eus guère de mal à la convaincre. De toute évidence, j’avais hérité d’une prédisposition pour les vêtements masculins. Après tout, quelques années plus tard, c’est elle qui insistait pour que Josh lui donne sa vieille veste en jean.

Mais ce stade de ma formation vestimentaire se situait bien avant l’apparition des casquettes de base-ball et des pantalons de smoking dûment approuvés par Jenna Lyons. Les garçons manqués n’étaient pas encore des icônes du style. Et moi encore moins. Si j’en crois de vieilles photos de famille assez pathétiques, j’ai dû porter pendant deux ans les mêmes leggings couleur moutarde, ainsi qu’une collection apparemment infinie de t-shirts rock. “C’est ma chemise que tu portes !”, s’est un jour écrié Josh à la table du petit déjeuner. J’ai baissé les yeux vers le logo des Power Rangers appliqué sur le coton délavé et j’ai piqué un fard. 

Josh a fini par obtenir une chambre à lui et c’est alors que j’ai découvert les princesses façon Disney. La Belle au bois dormant ne portait pas de casquette de base-ball. Contrairement à moi, Cendrillon prenait le temps de se coiffer. J’admirais leurs robes à traîne, leurs membres lestes et leurs postures, qui m’impressionnaient terriblement. C’étaient le genre de femmes que ma grand-mère appelait des “dames”. J’ai décidé de leur ressembler. Lorsque je me retrouvai à l’école primaire, ma garde-robe était devenue plus “pastel” que “Power Rangers”.

En grandissant, j’ai mené ma vie comme je l’entendais. Mieux encore, j’avais réussi à rassembler une vraie garde-robe. Même si j’avais depuis longtemps renoncé à mes anciennes muses en deux dimensions, je continuais à être attirée par la soie, le satin et un vert écume de mer que n’aurait pas renié la Petite Sirène. Je collectionnais les belles robes, les débardeurs diaphanes et les lainages si délicats qu’on aurait pu les croire fabriqués par Walt Disney en personne.

Les proportions avaient aussi leur mot à dire. Je mesure à peine plus d’un mètre cinquante-sept. Dans les aéroports, on me prend souvent pour une mineure non accompagnée. La semaine dernière, on a failli m’empêcher d’entrer dans une salle où l’on projetait un film interdit au moins de 17 ans. Les robes à bretelles sophistiquées et les escarpins à semelle simple, ce n’est pas seulement un uniforme. C’est aussi une forme d’identification personnelle. 

Alors même si l’on a vu parader récemment dans les défilés du denim ample et plus d’un clin d’œil au tailleur-pantalon de l’ère Clinton, je suis restée fidèle à mon esthétique résolument féminine. Pourquoi aurais-je porté des jeans boyfriend et des ensembles “Power-Woman” alors que le rose suffisait à me combler ?

Tout cela était parfait jusqu’à ce que je découvre une photo d’Emma Watson, qui a tout changé pour moi. À jamais. J’ai toujours adoré le style d’Emma. J’aime son intelligence et sa vivacité d’esprit. J’admire son élégance et le fait qu’elle soit devenue monitrice de yoga certifiée. Elle me paraît brillante, équilibrée, de bonne composition, et plutôt “Lady”. J’ai toujours pensé que si nous nous rencontrions dans de bonnes conditions, nous serions amies. Bien sûr, il faudrait d’abord que je surmonte mon complexe d’infériorité.

L’image en question—prise fin mars—immortalise la comédienne lors de son arrivée auLate Show de David Letterman. Elle portait des escarpins à bride, une élégante minaudière, et un trait de rouge à lèvres. Son expression était audacieuse, juste comme il le fallait. Mais je ne remarquai ces détails que plus tard. Tout ce que je vis d’abord, c’est le costume.

Il était absolument magnifique, avec sa coupe Saint Laurent. Fermé par un bouton unique, c’était LE smoking. Mais Emma et moi ne sommes pas les seules de cet avis. Il semblerait que toutes les femmes dont j’admire le style se soient montrées récemment dans de semblables ensembles. La conséquence ? Jamais depuis le jardin d’enfants je ne m’étais sentie aussi déterminée à piller le vestiaire masculin.

Une semaine ou deux plus tard, je me suis demandé si Josh possédait encore un costume trop petit pour lui. Et puis j’ai préféré éviter de lui poser la question. Je crois, hélas, que j’ai trop “grandi” pour me contenter de ses vieilles tenues. Et il se trouve que j’ai appris au moins une leçon des princesses à la Disney qui me fascinaient tant autrefois.

Comme le prince de Cendrillon, ce que je recherche, c’est ma propre version de la perfection.

 

Mattie Kahn est écrivain et vit à New-York. Ses écrits ont été publiés sur VanityFair.com, Refinery29 et the Man Repeller pour ne citer qu’eux. Elle espère que cette année sera celle où elle réussira à créer un cocktail qui lui ressemble, à réhabiliter le point-virgule et à maîtriser l’art de l’eye-liner liquide une fois pour toutes.

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