Petit entretien avec Chloë Sevigny avant le défilé Kenzo x H&M à New York

La réalisatrice-actrice-mannequin nous parle de son attirance pour les anticonformistes, de son prochain court-métrage et de sa préparation pour les tapis rouges.

Chloë Sevigny est désolée mais elle est obligée de mâcher. « C'est pas poli du tout », dit-elle en s'excusant. Elle dispose quelques chips et un sandwich enveloppé dans du papier brun devant elle. Elle sourit. C'est son rituel préféré avant les défilés : « Manger ! » 

Nous sommes perchés dans une suite hors de prix du Mercer Hotel à New York, où Sevigny se prépare à sortir pour célébrer le lancement de la collection Kenzo x H&M. 

Elle est à New York depuis quelques semaines, presqu'une pause dans son planning surchargé. Ensuite, Sevigny s'envolera pour Portland pour réaliser son deuxième court-métrage. Ensuite, elle devrait passer un peu de temps en Floride pour le tournage d'une nouvelle saison de Bloodline sur Netflix. Et entre temps, elle a « six films dans les tuyaux » qui impliqueront une série de conférences de presse et d'avant-premières. 

C'est un peu le bazar, admet-elle. Mais elle respire un bon coup et se résout à se concentrer sur l'événement, sa robe époustouflante, ses amis. « La veille d'un événement, j'aime me coucher tôt », précise-t-elle. « C'est le plus important. Mais en général, je suis angoissée la veille alors difficile de trouver le sommeil ». Pour se calmer, elle essaye de ne pas prévoir trop de rendez-vous quand elle sait qu'elle va sortir tard le soir. 

« J'aime être très zen, ne pas courir partout », explique-t-elle. « Ensuite, c'est un peu kitsch mais j'aime bien me faire un masque. Un bon masque, ça fait toujours du bien ». Elle passe la main au-dessus de son sandwich. « Et puis j'aime bien manger aussi au cas où je me retrouverais dans un endroit où il est impossible de se sustenter. » 

Dans le hall, une équipe s'est déjà réunie pour aider Sevigny à se préparer. « J'aime bien passer du temps avec les gens que j'aime et qui me rendent belle », dit-elle. « J'essaye de rester sereine ». 

Après avoir enfilé la robe qu'elle portera à la soirée de lancement, elle se concentre sur le reste de son look. Elle choisit de se coiffer en arrière et opte pour un rouge à lèvres rouge. « C'est généralement ce que je fais », déclare-t-elle. « J'ai entendu dire que les rockstars et les femmes de la haute gardaient toujours le même look pour qu'on ne les voit pas vieillir, et je pense que c'est ça la clé : la cohérence. » 

Entre deux bouchées et un petit tour d'horizon de ses accessoires du soir, Sevigny et moi parlons cinéma, mode et pourquoi elle estime que Kenzo représente le meilleur de l'Amérique. 

TU ES UNE JEUNE RÉALISATRICE ET TU AS PRÉSENTÉ KITTY AU FESTIVAL DE CANNES. QU'EST-CE QUI T'AS SURPRISE DANS LA RÉALISATION ?
« J'ai découvert que j'étais meilleure communicante que ce que je pensais. En tant que réalisatrice, tu dois vendre tes idées et ta vision aux gens et les rendre enthousiastes. Tu dois rallier du monde pour gagner du temps, de l'argent. C'était l'une de mes plus grandes peurs quand je me suis lancée : étais-je capable de communiquer mes idées de sorte à enthousiasmer les gens ? Et j'ai réussi ! »

« J'ai aussi pris conscience que j'étais plus spontanée que prévu. En tant qu'actrice, tu improvises un peu. Mais une fois que tu as appris ton texte, tu joues. Sur le tournage, j'avais des idées tout le temps. À chaque séquence ou scène, je voulais tester de nouveaux concepts ». 

TU AS DE L'EXPÉRIENCE SUR TOUS TYPES DE PLATEAUX ; QUEL TYPE DE CULTURE AS-TU SOUHAITÉ CRÉER ?
« Et bien, [dans Kitty] nous avions un enfant de 7 ans. Et des chats. Alors je voulais que les choses restent calmes et simples. Je voulais quelque chose de raffiné. Le premier jour, je portais une jupe à fleurs et de grandes créoles. Je voulais simplement marquer le coup et montrer que le tournage allait être féminin. Nous avions beaucoup de femmes sur le tournage, j'ai adoré ça. Mais je voulais surtout que les gens soient doux. Les chats sont comme les bébés. Ils sont très sensibles au bruit et aux odeurs. Je n'étais pas sensée porter de parfum car ils y sont trop sensibles. Alors je voulais du calme et de la tranquillité. Même si nous devions nous dépêcher, je voulais que les gens viennent me voir pour me parler en privé. En secret. Faire en sorte que tout reste simple et calme pour que tout le monde soit content et détendu ».

J'adore les discours sur la justice sociale, les femmes au cinéma, l'égalité des salaires. Plus ça fait débat, mieux c'est.


Chloë Sevigny
 

ALORS MAINTENANT QUE TU T'ES LANCÉE, TU Y A PRIS GOÛT ? NOUS PRÉPARES-TU D'AUTRES PETITES HISTOIRES COMME CELLE-CI ?
« Oh, bien sûr. Je tourne mon prochain court-métrage en novembre à Portland. C'est l'histoire d'une artiste, d'une comédienne, une jeune femme qui s'appelle Carmen Lynch. C'est un bon entraînement les court-métrages. C'est exaltant. Je découvre mon ton, mes prises de vue, mes mouvements de caméra. Ainsi, lorsque je voudrais vraiment me lancer dans un long, j'aurais quelques cordes à mon arc. Je suis sur les plateaux depuis 20 ans, j'ai donc entendu beaucoup de gens demander différents objectifs et filtres. Mais je ne savais pas à quel point il s'agissait de choix importants dans la construction des histoires en tous genres. »

TU AS TRAVAILLÉ DANS LE CINÉMA, L'ART, LES LIVRES, LA MODE - COMMENT CHOISIS-TU CEUX AVEC QUI TU TRAVAILLES OU LES HISTOIRES QUE TU VEUX RACONTER ? QU'EST-CE QUI ATTIRE TON ATTENTION ?
« Je pense que c'est une question de ton et de la passion et la vision réelles d'une personne. Je pense que tout ce que j'ai tourné pour la télévision est régi par un point de vue singulier. Ça passe par le duo de Portlandia à Mindy Kaling à Ryan Murphy à Louis C.K. Lorsque quelqu'un a un point de vue créatif, je me sens attirée ». 

« Et même maintenant, avec Carol et Humberto [les directeurs artistiques de Kenzo] et toutes les différentes collaborations que j'ai pu faire, tout est une question de passion. J'adore les anticonformistes en général. Ils m'attirent. » 

COMMENT HUMBERTO LEON ET CAROL LIM ILLUSTRENT CET ESPRIT D'APRÈS TOI ?
« Ce sont des amis à moi, je les adore. Au-delà de ça, ils ont ce type d'optimisme américain qui m'enchante. Ils sont tous deux issus de l'immigration. Et d'une certaine manière, ils ont eu leur rêve américain, de leur bourse pour étudier à Berkeley à leur position actuelle. Ils sont très bienveillants, voire démocrates dans leur travail. Ils estiment qu'ils ont cette plateforme et qu'ils doivent faire en sorte d'aider les gens qui essayent de créer. Ils sont comme ça. Et ça les rend très spéciaux. »

EN TANT QU'ÉGÉRIE DE LA CAMPAGNE, RACONTE-NOUS LE TOURNAGE À PARIS !
« Ça a été incroyable de tourner avec Jean-Paul Goude. C'est l'un de mes préférés. J'ai toujours voulu être photographiée par lui. Alors pour moi, c'était tout simplement une occasion hors normes. Il a un esprit incroyable. Il est adorable et c'est un plaisir de travailler avec lui. En plateau, le casting était plutôt disparate. Mais nous avons fait une soirée tous ensemble, un grand dîner. En voyant la diversité et les différents âges autour de la table, je me suis sentie honorée de faire partie du groupe. J'aimerais que plus de gens aient cet état d'esprit dans la mode. Je suis si fière de Carol et Humberto. Ils s'élèvent l'un l'autre. Ils repoussent systématiquement les frontières et je suis en totale admiration. »

QUELLE A ÉTÉ TA PREMIÈRE RÉACTION EN DÉCOUVRANT LA COLLECTION À PARIS ?
« La collection leur ressemble tellement. C'est super Kenzo, super ludique. J'adorais Kenzo Takado, l'original. J'aime le fait qu'il y ait autant de choses qui lui soient associées à lui et ses créations. Les robes rubans, les imprimés animaux les motifs - c'est original et vivant. C'est de la fantaisie abordable, ce qui n'est pas très fréquent dans la mode. C'est soit commercial, soit trop original. Et là, on a les deux. »

TU ES UN PERSONNAGE PUBLIC DEPUIS DES ANNÉES, MAIS MÊME LES STARS ONT BESOIN DE SE DÉTENDRE ! LORSQUE TU N'ASSISTES PAS AU LANCEMENT DE LA COLLECTION KENZO x H&M, COMMENT TE DÉTENDS-TU ?
« J'ai déménagé à Park Slope. C'est très paisible. Je suis dans l'anonymat le plus complet là-bas, j'adore. J'ai beaucoup de liberté. Je me promène mal habillée, ce que je ne ferais pas à Manhattan, et les gens s'en moquent. C'est très résidentiel, avec de nombreux espaces verts. C'est très joli. Je passe du temps avec mes amis. Je les invite à la maison. Je danse. J'éteins mon téléphone. J'essaye de faire ça autant que je peux. »

AU-DELÀ DE LA JUNGLE KENZO X H&M, QU'EST-CE QUI TE REND ENTHOUSIASTE RIEN QU'EN Y PENSANT ?
« J'adore les discours sur la justice sociale, les femmes au cinéma, l'égalité des salaires. Plus ça fait débat, mieux c'est. Les campagnes de sensibilisation qui voient le jour depuis quelques années sont géniales et nécessaires. Je ressens une vraie camaraderie dans le monde créatif et j'adore ça. »

 

CHLOË SEVIGNY 

PROFESSION : Actrice, réalisatrice, designer, mannequin

LIEU : New York

INSTAGRAM @chloessevigny

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